Line, Pascal, Maïa et Robinson

No limit !

Ne cherchons pas à le cacher. Un voyage en self-drive au Botswana n’est pas fait pour tout le monde.

C’est sans doute ce qui en fait sa singularité. Et son magnétisme. A de multiples égards, le Botswana est d’abord une expérience. Et il est toujours difficile de raconter une expérience. Le Botswana brouille les repères. Reconnaissons que le nom même du pays invite au voyage, au même titre que la Zambie, la Namibie ou le Zimbabwe voisins. C’est un des derniers pays sans clôtures. Et ça change beaucoup de choses. Le Botswana n’est pas une destination. C’est une exploration. De la rivière Chobe aux sables Makgadikgadi, de Kasane à Maun, de l’Okavango au Kalahari, la découverte du pays se fait avant tout par le déplacement. Bien sûr, rien n’est vraiment plus à découvrir dans le pays. Mais ça n’empêche pas, tout au long du voyage, de s’abandonner aux plaisirs de l’étonnement et à celui du retour aux fondamentaux.

Partir au Botswana en self-drive est donc résolument un choix, qui implique d’accepter de quitter la route, de se confronter aux galères de la piste, de vivre au rythme du soleil, d’apprendre à tenir un cap à la boussole ou à se localiser sur des coordonnées GPS, seule concession ténue à la modernité. C’est aussi refaire l’expérience du silence, de l’autonomie, des plaisirs du feu de camp et d’une forme de solitude et de vulnérabilité. C’est enfin celle, plus prosaïques, de réapprendre à changer une roue, désensabler son véhicule ou simplement soulever son capot. C’est, in fine, savoir tenir sa place au milieu d’un environnement pour le moins peu familier. Autant de petites choses simples, mais dont nous avons la plupart du temps totalement perdu jusqu’à l’utilité.

Le Botswana n’est pas confortable. Il n’est même pas reposant. Mais, pour toutes ces raisons, il s’est révélé extra ordinaire.
Et puis, il y a le « peuple Tswana ». Assez éparse, il faut le dire, tant le pays est avant tout un grand désert d’eau ou de sable. Même si le pays, et notamment les régions traversées, vivent en grande partie du tourisme, il ne nous a jamais semblé avoir concédé aux dérives commodes dans lesquelles certaines régions du monde se sont abandonnées par facilité. Bien sûr, il y a les lodges inaccessibles réservés à une clientèle particulière. Mais ils constituent l’exception. Vu de l’extérieur, le pays semble avoir gardé son authenticité à tous les niveaux. Le Botswanais est à l’image de son milieu naturel : il ne nous calcule pas vraiment. Il reste accueillant sans pour autant chercher un contact qui pourrait se révéler au mieux artificiel, au pire pesant. Ce qui constitue, finalement, une partie non négligeable de l’agrément du voyage.

Et puis, évidemment, il y a les animaux. Partout. Tout le temps. Au-delà du nombre incroyable de spécimens et d’espèces croisés sur notre route, voyager au « pays des Tswanas » pousse avant tout à une humilité bénéfique au milieu d’une nature dans laquelle nous avons perdu les nombreux repères. Il devient vite évident que nous y sommes les intrus. Sans jamais y être toutefois réduits à être de simples spectateurs. Contempler les animaux dans leur milieu naturel sans jamais d’entrave fait recoller à une réalité. Nous avons réappris, durant ce voyage, à vivre dans l’instant. A nous émerveiller de choses simples. A ne pas essayer de tout faire, mais chercher à le faire plus intensément. A vivre en osmose en veillant à rester, toutefois, à notre place. Même si jamais nous n’avons ressenti de danger, il apparait vite évident qu’on n’est jamais trop prudent dans un milieu plus fort que nous.

Le fait d’explorer les différents parcs nationaux de manière autonome oblige à accepter de passer à côté de beaucoup de choses que nos yeux ne savent plus repérer. Après tout, on ne s’improvise pas guide. Mais après tout, ce n’est pas l’essentiel. Cela nous rappelle que la nature n’est pas quelque chose qui se programme. Et c’est tant mieux.

Au final, le Botswana est un voyage au sens où les anciens l’entendait : un juste équilibre entre déplacement, découverte et agrément. Une expérience sans limite, comme signalé plus haut, qui ne concède rien à l’agrément du tourisme et où les seuls souvenirs à ramener sont les images et les instants fixés dans nos mémoires.

France, Juillet 2019, Land Cruiser équipé camping